1787 Journal de Normandie
Géricault Life
Révolte du Caire (detail) Girodet, Salon 1810.
1787 – Fourches Patibulaires (Gibbets) in Rouen
Théodore Géricault was born in Rouen in his grandmother’s hillside home on the rue de l’Avalasse in the Faubourge Bouvreuil, just beyond the old city walls on September 26, 1791. Days later, on October 6, the French king Louis XVI agreed to end the centuries-old practice of publicly displaying the often-mutilated corpses of criminals condemned to die after their executions. Géricault, the youngest member of his family in Rouen, thus was spared the experiences his parents, aunts, uncles and neighbours had suffered for generations, as we shall see.
The new respect accorded those condemned to die, and their families, however did not mean the stone exectution platforms, like the fourches patibulaires situated on the hillside above Géricault’s home, were entirely destroyed, or removed from sight during his lifetime. Some survive across France to this day. The public display of corpses after execution was a feature of life in many parts of Europe, and many other parts of the world. The most famous in France are stood on Montfaucon a hillside in Paris.
On July 21, 1787, the Journal de Normandie printed a letter from an anonymous subscriber complaining of the impact of the decomposing corpses suspended on the summit of Boisguillaume, a hill above Gericault’s family home, upon all the inhabitants of Rouen, and on all visitors to the city. My belief is that most members of Géricault’s family, if not all, shared the sentiments expressed in this letter; and that Géricault was fully aware of the tradition of public executions in Rouen and France more broadly.
Bienfaissance Publique – 21 Juillet, 1787
Lettre à Monsieur le Rédacteur du Journal de Normandie
Monsieur, permettez-moi de consigner dans votre utile & intéressant Journal une réclamation particuliere que j’ose cependant proposer comme le vœu général & l’expression unanime de tous mes Concitoyens.
Il n’est aucun habitant de cette capitale, dans toutes les classes & tous les états, dont les regards n’aient été plus d’une fois aussi frappés qu’affligés par l’affreux & dégoûtant spectacle au Patibulaire élévé sur le sommet du Boisguillaume, au lieu désigné vulgairement la côte du Gibet ou des Pendus.
On peut même se permettre de croire que les étrangers ne sont pas moins révolté de cet étrange point de vue qui détermine l’horizon, & semble avoir été tout exprès aligné pour former perspective à l’extrêmité des deux rues les plus belles, les plus droites, les plus larges, les plus centrales, & dans lesquelles se trouvent les hôtels les plus commodes pour les voyageurs, & conséquements les plus fréquentées de la ville.
Dans le moment actuel où les boulevards, nivelés, plantés, embellis par les édifices, les maisons de plaisance que l’on s’empresse, à l’envi, de construire & décorer de toutes parts, offrent une promenade charmante, agréable tout à la fois & salutaire, les yeux de tous les Citoyens rencontrent sans cesse au-dessus d’eux les plus lugubre & le plus déplorable aspect.
L’odorat même est affecté; on a plus d’une fois entendu murmurer contre les exhalations fétides que les vents, en été sur-tout, transportent de ce lieu dans les environs, & jusque dans l’intérieur de la ville.
Quelle vue pour nos Citoyennes meres, ou prêtes à les devenir, pour de jeunes filles & d’aimables enfants, pour tous les honnêtes habitants des fauxbourgs de Bouvreuil & de Beauvoisine, qui s’accroissent tous les jours, & se peuplent de Magistrats & de Citoyens distingués, quel spectacle dans une capitale, qu’un groupe de cadavres à demi couverts de lambeaux hideux, les cheveux hérissés, dans une attitude horrible, livides, ou même en putréfaction, parmi des squéletes secs, noirs, décharnés, s’agitant, s’entre-heurtant au gré des vents, & présentant à l’imagination, ainsi qu’à tous les sens révoltés, à la fois l’assemblage le plus prospre pour affliger l’humantié & désoler la sensibilité!…. Ne pourroit-on pas méme ajouter gratuitement & sans fruit? Car les scélérats de profession pou lesquels sans doute on imagina, dans le principe, cet épouvantail de justice, s’accoutument tellement à le voir qu’ils ne contemplent plus désormais qu’avec indifférence, souvent même avec dérision. Personne n’ignora les délits qui se commettent journellement à l’instant même des exécutions. Dirai-je plus? …. Il a passé pour constant que ce même gibet a, pendant quelque temps, servi de repaire à l’un de ces déterminés scélérats, qui se receloit parmi ces affreux débris pour surprendre & attaquer, pendant la nuit, les passants avec plus de sécurité.
Hélas! avec quels objects l’habitude ne familiarise-t-elle pas les hommes! Celui qui ne recule pas d’horreur à l’aspect du crime, celui dont la main peut, sans frémir, poignarder son semblable, croyez-vous l’effrayer par la vue d’un gibet ou l’apprareil d’un supplice?
Quoi! l’on rajeunit, on agrandit la ville, on abat ses portes gothiques, on élargit ses quais, on plante, on aligne ses promenades, on courbe leurs ombrages en berceaux, on resuscire le long de ses boulevards, & dans ses rue nouvelles, les beautés nobles & imposantes d’architecture antique, tout prend à l’extérieur, & jusque dans l’enceinte de ses murs, sous les auspices du goût, une face moderne, élégante, réguliere & majestueuse! …. Et des fourches patibulaires déshonneront cette heureuse réforme! Un gibet dominera sur nos têtes au-dessus des vertes collines & des riants aspects qui nous environnent! Et nous verrons, nous pourrons même entendre se balancer & se froisser à nos regards les débris repoussants de l’humanité flétrie & dégradée!…. Profitons des avantages d’un philosophie douce, saine & éclairée, qui s’applique, de nos jours, à déraciner les préjugés, corriger les abus, comabttre & guérir les maux invérérés qui, depuis tant de siecles, assiegent le genre humain. Osons affranchir nos Citoyens de ce monumant barbare & dégoûtant de la police informe & groissier de nos aïeux. Déliverons nos yeux de la cruelle importunité d’un aspect qui semble les poursuivre par-tout, qui dans le sein des nos loisirs & de nos promenades, trouble la gaieté de nos jeux & la sérénité de nos regards, chagrine nos conversations, noircit nos idées, inquiet l’ame, la distrait du calme des douces réveries, & contriste l’innoncent & la vertun même par l’image humiliante de l’ignominie & des supplices.
Mais, si des motifs particuliers, & de considération, ne permettoient pas de céder, pour le moment, au désir général, & d’ordonner, quant à présent, une démolition totale, s’il faut, malgré son inutilité plus qu’apparente, malgré ses inconvénients constants & reconnus, conserver & souffrir encore quelque temps ce hideux monument, n’existeroit-il pas un moyen prompt, simple, facile & peu dispendieux de dissimuler du moins son usage, & d’en pallier l’horreur?…. Coûteroit-il beaucoup de remplir, par quatre murailles ou cloisons de maçonnerie, l’intervalle des quatre pilliers ou fourches patibulaires, & d’exhausser cette construction de neuf ou dix pieds au-dessus des traverses de fer ou potences carrées, auxquelles sont suspendus les cadavres? On pourroit au moins, de cette maniere, en dérober la vue. Alors les miasmes putrides & pestiférés qu’ils exhalent, concentrés désormais, & rendus stagnants dans cette enceinte ne se répandroient plus au loin pour aller corrompre & infecter l’aire que nous respirons dans nos promenades, & jusqu’au sein de nos foyers.
Puissent ces représentations, inspirées par le zele pour le bien public & l’intérêt général dictées par le pur amour pour mes Concitoyens, produire l’heureux effet que l’on croit pouvoir en attendre! Puissent les personnes en place, pour l’honneur de bon goût, du siecle & de l’humanité, concourir à délivrer incessamment la capitale de cette provence d’un object d’opprobre & d’horreur qui souille son aspect, dégrade ses embellisements, & souleve en silence, depuis tant d’années, le cœur, les regards & l’imagination de tous les Citoyens honnêtes & sensibles qui l’habitent.
Je suis, Monsieur, &c. Un Abonné
Commentary
If one can imagine, the sight and smells of a decomposing corpse blowing in the wind high above the boulevards, quays, orchards, markets, gardens, churches, shops, hotels, and homes of the capital city of Normandy, during the late stages of the Enlightenment, this letter requires no translation. Even so, we will review the key points of the public complaint in summary.
The writer begins by asserting that all the citizens of Rouen agree that each has been struck by the offensive and hideous spectacle of a corpse displayed on the summit of Boisguillaume, at least once. The style is both direct and refined, as the writer delights in describing the crimes against intelligence, humanity, modernity, and the ability of all citizens to go about their daily affairs freely, without expending the energy required to block out the sight and/or stench of the malignant relic of the past.
Those residing in the faubourg Bouvreuil, where the Géricault family was situated, and the faubourg Beauvoisine, nearby, were particularly afflicted. The writer concludes by noting, give or take several more withering observations, that if the fourches patibulaires could not be demolished immediately, then walls could easily be erected to keep the fourches out of public view and to contain, at least, some of the more insalubrious and offensive smells. The letter leaves one with the clear sense that that writer, having embarked upon such elegant and persuasive call for simple action for the civic good, a call replete with ample detail and rhetorical flourishes, is quite confident that nothing at all would result.
Conclusion
Théodore Géricault lived in Rouen with his family on the rue de l’Avalasse until his fifth or sixth birthday – before relocating to Paris, in 1796 or 1797, we believe. Paris, of course, was home to the much more historically famous Gibet de Montfaucon (gibbet), sixteen meters high and capable of displaying 50 or 60 corpses at a time, also set high on a hill outside the city gates. The practice of displaying corpses varied according to jurisdiction, prior to the reforms of 1791, however. The practices in Rouen differed from those in Paris until the enactment of these reforms.
Géricault will have been intimately familiar of the impact of the fourches patibulaires on his family, and on others living in the faubourg Bouvreuil, and the use of the guillotine in Rouen and Paris. For all that, Théodore Géricault witnessed only one form of execution within France during his lifetime, the much-lauded swift and certain death by decapitation invented by Dr. Guilotine. The appalling number of executions by guillotine during 1793-174, in particular, obscures the fact that treatment of those condemned to die in revolutionary and Napoleonic France was generally regarded as the most humane and advanced on earth.
Death by execution during Géricault’s lifetime was designed to be discreet, and spare the condemned and their family all the pain and misery possible. This fact complicates our understanding of Géricault’s depictions of death in paintings such as the Raft of the Medusa – his depictions of actual executions; and the artist’s post-mortem portraits of those who died by decapitation – especially their expressions. We will continue to examine the impact of death and executions in Rouen on Théodore Géricault and his art in our next article.
* First paragraphs edited lightly for style November 6, 2022.